Vous savez que ma pratique est axée en droit de la santé mentale et en droit de la famille.

À de nombreuses reprises, des membres du Barreau me disent : « Je ne sais pas comment tu fais pour exercer en santé mentale, je ne serais pas capable. Ces personnes sont vouées à une vie de misère, elles sont irrécupérables, elles n’ont pas d’issues, il n’y a rien à faire avec elles, elles sont difficiles, etc.

Évidemment, je ne partage pas ces opinions. Ce domaine du droit m’anime, m’humanise et je suis régulièrement témoin de magnifiques histoires de rétablissement.

Sachant, statistiquement, qu’une personne sur cinq est à risque de souffrir d’une maladie mentale au cours de sa vie, j’ai le goût, en ce début d’année, de vous présenter un message d’espoir et de vous raconter un cas vécu, soit l’histoire de M. Luc Vigneault.

Ses problèmes de santé mentale sont apparus alors qu’il était un jeune adulte. Il a commencé à entendre des voix. À ce moment, il ne consommait pas de drogues. Une ombre noire avait pris l’habitude de le suivre à distance et de le dévisager quand il se retournait. Des mots et des bruits le surprenaient sans qu’il puisse savoir d’où ils parvenaient. Il perdait le contact avec la réalité et même avec sa vie. Il s’enfonçait dans son délire, il s’inventait des histoires, des personnages, criant des injures à l’intention d’interlocuteurs invisibles. Sa souffrance était intolérable et aigüe. Il avait peur, mais n’en parlait pas et ne voulait surtout pas aller à l’hôpital.

Il avait un emploi, il était camionneur, un bon logement, une femme, deux enfants. Il a eu un accident de travail et a dû rester à la maison pendant 4 ans, toujours souffrant de ses hallucinations. Sa femme a fini par s’enfuir avec les enfants. Il a tout perdu. Il s’est mis à consommer des drogues.

Un jour, ses proches ont décidé de l’amener à l’hôpital. Luc avait tous les préjugés envers les hôpitaux psychiatriques, pour lui c’était une « gang de fous ». Son hospitalisation fut un traumatisme. Il est devenu un adepte du phénomène de la porte tournante : de nombreux allers-retours en institution.

Un jour, il reçoit un verdict non équivoque : « Schizophrène, vous êtes fini, vous ne pourrez jamais être admis à l’université, vous ne pourrez jamais travailler, ni avoir une vie sociale ou sentimentale. »

Luc se voit condamné à la chaise berçante. Il est hospitalisé. Au cours de sa lutte, il rencontre une équipe traitante qui fait le choix de miser sur lui, sur ses forces. Une équipe qui vise le rétablissement.

À cette époque, il prenait 32 pilules par jour, il ne se lavait pas, il dormait 15 heures par jour et n’avait plus aucun rêve.

Une intervenante lui demande : « As-tu des rêves, des projets, des ambitions Luc ? Cette souffrance que tu vis, penses-tu qu’elle peut servir à quelque chose ? Penses-tu qu’elle peut avoir un sens ? Trouve une chose qui t’anime. »

Après plusieurs réflexions, Luc répond : « devenir conseiller politique. » Elle lui répond : « on va aller dans des assemblées, tu pourras croiser des politiciens, des gens impliqués dans leur milieu. »

Luc participe, mais constate que les gens ne vont pas le voir. Son intervenante lui dit : « Mais Luc, tu pues, tu ne te laves pas, ton hygiène corporelle est catastrophique. » Avant, Luc ne voyait pas de motivation à se laver. Tout à coup, se laver prenait un sens. Au fur et à mesure de sa réinsertion, il découvrait de nouvelles perspectives de vie. De là est né un espoir qui l’a stimulé et l’a conduit à une vie meilleure.

Qui est Luc Vigneault aujourd’hui?

  •  Il est pair aidant à l’Institut universitaire en santé mentale de Québec. Autodidacte, il met son expérience au profit de ses pairs et cela dans le but d’analyser les conditions de vie et de soins des personnes atteintes de maladie mentale.
  •  Il est chargé de cours à la faculté de médecine des Universités Laval et de Montréal. Il dit : «… j’enseigne là où je ne peux m’inscrire comme étudiant. »
  •  Il est ambassadeur, formateur et conférencier reconnu du réseau de la santé mentale et demeure une référence en matière de rétablissement.
  •  Il est auteur du DVD « Chaise berçante à vendre ».
  •  Il est coauteur du livre « Aller-retour au pays de la folie »
  •  Il est président, vice-président de plusieurs organismes en santé mentale.
  •  Il est marié et propriétaire d’une maison.
  •  Il prend encore des médicaments, il a toujours un psychiatre qui le suit. Il gère bien la maladie. Dès qu’il commence à ne pas être bien, il retourne voir son médecin, il y a un réajustement de la médication. La maladie n’est pas disparue, mais il a une qualité de vie.

Il a été invité à l’émission « Tout le monde en parle » pour présenter le livre dont il est coauteur « Je suis une personne, pas une maladie ». Ce fut un moment mémorable et un pas de plus pour combattre la stigmatisation. Ce livre, un collectif d’auteurs composé de psychiatres, travailleurs sociaux, pharmacienne et gestionnaire, insuffle l’espoir d’une vie « normale » tant aux personnes atteintes de maladie mentale qu’auprès des familles et des proches. Il décrit des expériences, des façons de faire et des attitudes qui peuvent aider à dénouer l’impasse que peuvent représenter ces maladies et leurs traitements. Je vous invite à lire ce livre.

Au début de mon mandat, je vous ai fait part de ma priorité d’une défense pleine et entière pour les personnes vulnérables atteintes de maladie mentale. Or, depuis le mois d’octobre 2014, trente et un avocats et avocates se sont inscrits sur la liste confectionnée par le Barreau de Québec afin de représenter une personne visée par une requête pour garde en établissement ou pour autorisation de soins. Depuis, tous les hôpitaux de la région signifient cette liste d’avocats au soutien de leurs procédures judiciaires. Parallèlement à cette initiative, le Barreau de Québec organise un Colloque en droit de la santé mentale, avec un volet grand public, les 16 et 17 avril 2015.

Je vous souhaite une bonne et heureuse année 2015 et surtout une « bonne santé mentale » et espère vous voir participer nombreux au Colloque !

 

        
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