Comité de liaison avec le Centre d’accès à l’information juridique (CAIJ) – Bibliothèque Onésime-Gagnon

Mandat :

Ce comité de liaison a pour mandat d’effectuer le suivi des communications entre les membres des trois districts de la section de Québec (Beauce, Montmagny et Québec) et le CAIJ. Il étudie également les questions portant sur les services offerts par le CAIJ aux membres du Barreau de Québec.

Composition du comité :

Président(e):

  • Me  Véronique Boucher, Service de recherche – Cour supérieure

Membres :

  • Me Catherine Fournier, Cliche Laflamme Loubier
  • Me Martin Thiboutot, McCarthy Tétrault
  • Me Christine Santerre, Christine Santerre Avocate
  • Me Gina Blanchet, Gina Blanchet, Avocate
  • Me Denis LeMay
  • Me Pauline Gaignard, Revenu Québec
  • Me Claude Peachy, Ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs, représentant du Conseil
  • Me Antoine Sarrazin-Bourgoin, Gravel Bernier Vaillancourt, représentant Jeune Barreau de Québec

Dédicace de la bibliothèque Onésime-Gagnon :

Monsieur le bâtonnier,

Honorables juges en chef,

Honorables juges,

Monsieur, Madame les sous-ministres de la Justice,

Chers confrères et consoeurs, anciens bâtonniers et membres du Conseil du Barreau de Québec,

Chers confrères et consoeurs,

Chers parents et amis de Onésime Gagnon,

C’est un grand plaisir pour moi de remercier au nom des enfants, petits-enfants, arrière-petits-enfants et parents de Onésime Gagnon, le Barreau de Québec et la ministre de la Justice du Québec pour l’insigne honneur fait à la mémoire de notre père, grand-père et arrière-grand-père Onésime Gagnon.

Nos remerciements sincères vont en tout premier lieu à la bâtonnière sortant Me Kim Legault qui, la première, a lancé l’idée de désigner la bibliothèque du Barreau de Québec de son nom ; puis au bâtonnier Clément Samson qui a pris la relève avec enthousiasme pour compléter la réalisation de ce projet ; sans oublier la dévouée directrice générale du Barreau de Québec, Me Anne Demers, qui, par son travail inlassable, a su régler rapidement les petits problèmes qui se posaient, avec le concours précieux de Pierre Gagnon, qui se chargea des contacts avec tous les membres de la famille.

J’aimerais vous tracer le portrait de cet homme chaleureux, qui a bien mérité cet honneur, non pas sur le plan politique mais dans les domaines où il est peut-être moins bien connu de nos plus jeunes confrères, soit comme homme de loi, homme de lettres et serviteur de la communauté.

Il est né à St-Léon de Standon, dans le beau comté de Dorchester tout comme notre consoeur, l’Honorable ministre de la Justice du Québec, que le Barreau de Québec honorait dernièrement, comté où habitaient beaucoup de descendants de colons et habitants anglais, écossais et irlandais.

Son père, Onésime Gagnon, était marchand général et le jeune Onésime eut la douleur de perdre sa mère, Julie Morin, à sa naissance. Il avait des antécédents dans sa famille pour le droit et la politique, car il fut élevé par sa grand-mère maternelle et son grand-père, le notaire et Madame Octave Morin. Sa grand-mère était la fille d’un député et son grand-père le cousin d’un illustre avocat et juge, Auguste Norbert Morin. Ce dernier a beaucoup inspiré le jeune Onésime : rédacteur des 92 résolutions pour Papineau, il avait lutté pour obtenir le gouvernement responsable et le retour de la langue française dans les débats parlementaires.

Le père d’Onésime s’étant remarié en troisième noces, le petit Onésime fut vite expédié par sa belle-mère pensionnaire au collège de Sainte-Anne de la Pocatière auquel il resta attaché toute sa vie, comme son premier alma mater. Il se distingua en particulier en remportant tous les premiers prix de discours et d’éloquence. L’un de ses professeurs disait « qu’il rêvait d’éloquence et d’action nationale ».

Ce séjour le prépara bien pour la faculté de droit de l’Université Laval, son deuxième alma mater, qui plus tard l’honorera en lui décernant un doctorat en droit honoris causa ; il en recevra aussi des universités de Montréal, McGill et Bishop’s. Il resta toujours près de l’Université Laval qu’il servit bien comme membre du bureau des gouverneurs, professeur titulaire de droit municipal et scolaire à la faculté de droit et de droit constitutionnel à la faculté des sciences sociales.

La dernière partie de sa vie fut accaparée par les affaires de l’état mais nous ne devons pas oublier qu’il pratiqua le droit de façon intense et avec succès dans tous les domaines du droit, pendant au moins 25 ans.

Admis au Barreau de Québec en 1912, il fonda avec son ami Maurice Dupré, l’étude Dupré et Gagnon, mais presque aussitôt, il prit le bateau pour un séjour à l’Université d’Oxford, où Claude et moi suivrons ses traces après la guerre. Il étudia spécialement le droit constitutionnel sous l’égide du professeur Dicey.

Dès son retour, sa pratique s’intensifia et l’étude devint Fitzpatrick, Dupré et Gagnon. Puis, Maurice Dupré et lui furent tous deux élus députés à la chambre des communes en 1930. C’est alors que Me Valmore de Billy, de Lévis vint se joindre à eux en 1931. Après le décès tragique de Maurice Dupré, l’étude Gagnon, de Billy et Associés continua à prospérer et acquit une réputation enviable à travers le Québec et dans tout le Canada. C’est après la guerre, où ils servirent tous comme volontaires, que les membres de la deuxième génération firent leurs entrées à l’étude, Jacques et Gilles de Billy, Claude et moi ; puis d’autres avocats et avocates de grande valeur se sont aussi joints à l’étude pour contribuer grandement à son succès, dont, pour n’en nommer qu’un seul, l’honorable Juge en chef associé de la Cour supérieure.

L’augmentation des affaires amena l’étude à ouvrir une succursale à Montréal, avec un semblable succès, puis vint la fusion avec l’étude de Montréal, Lavery O’Brien, la nouvelle étude adoptant la désignation de Lavery, de Billy. La famille d’Onésime Gagnon se réjouit du fait que le Barreau de Québec, par son geste, a ainsi perpétué le nom du fondateur.

Onésime Gagnon se révéla un plaideur consommé, valeureux, fougueux même, d’une expression claire, limpide et recherchée, manifestant toujours la plus grande déférence pour les juges et les témoins et la plus grand courtoisie pour ses adversaires. Sa grande culture l’amenait à parsemer ses plaidoiries de nombreuses citations comme il l’a fait plus tard, fait inusité, dans ses discours du budget.

J’aimerais vous citer ici comment un journal de Québec décrivait ses qualités de plaideur en 1934 :

« Membre du Barreau de Québec, Onésime Gagnon a remporté déjà plusieurs succès. Aussi, les habitués du Palais de Justice ne manquent-ils aucun de ses plaidoyers. Les situations les plus embrouillées, il a vite fait de les tirer au clair ; les intentions les mieux dissimulées, c’est avec la rapidité de la lumière qu’il les saisit ; les circonstances les plus compromises, en quelques mots, il les replace sur le plan des réalités, si bien, qu’avec lui, la vérité ne court aucun risque, fut-elle attaquée par les sophistes les plus subtiles. Là aussi bien qu’ailleurs, triomphent son étonnante mémoire et sa connaissance parfaite du droit. Qualités, hélas ! qu’on ne rencontre pas chez tout les avocats. »

(9 mars 1934)

Il eut la joie de voir ses trois fils suivre ses traces au Barreau. Nous conservons un souvenir ému de Claude, qui nous a quittés si prématurément, dans la force de l’âge, en fonction comme juge de la cour d’appel.

Onésime Gagnon serait fier de ses quatre petits-enfants, aussi membres du Barreau, Pierre et Michèle Gagnon, Anne Guimond et Caroline Pratte. Et la relève de la quatrième génération est assurée par Mathieu Gagnon qui a commencé ses études de droit. Et de plus, notre cousin germain Jean Pelletier, filleul d’Onésime, a flirté avec le droit, avant de s’envoler vers les plus hautes sphères de la politique municipale et fédérale.

Dans la pratique du droit, Onésime Gagnon fut un visionnaire, un précurseur. Je relisais son discours acceptant de ses confrères le poste de bâtonnier en 1937 : il y exprimait le désir que le Barreau s’adapte aux conditions économiques nouvelles et il préconisait l’enseignement aux étudiants en droit de la comptabilité, des sciences politiques et du droit constitutionnel et international. Dans son discours de la rentrée des tribunaux à la même année, il incitait les jeunes avocats à rechercher la spécialisation et la compétence.

Il est symbolique que cette belle bibliothèque porte le nom d’Onésime Gagnon. Passionné pour le droit, il l’était aussi pour la lecture. Il avait tout lu et lisait presque deux livres par semaine.

Pour loger ses 7 enfants, il avait dû faire agrandir sa maison de la rue de Bernières. Il en profita pour s’y installer une très grande bibliothèque, couvrant un mur entier, pour y loger tous les livres accumulés au fil des années. Ses livres qu’il aimait tant, il les avait fait relier lui-même en choisissant le cuir approprié.

Nous conservons de lui ce fidèle souvenir : après le repas, le dessert à peine servi, il allait s’asseoir dans sa bibliothèque, dans son fauteuil favori ; il prenait un livre dans ses rayons, le feuilletait, le relisait. Tous ses livres étaient bien rangés, jusqu’au plafond, par sujets. Quel contraste avec ses journaux qui jonchaient le tapis, éparpillés autour de son fauteuil. Il ne quittait ce fauteuil que pour sa table de bridge à côté, son autre grande passion — dont j’ai héritée.

Il avait lu tout ce qui fut publié dans le domaine de l’histoire, la géographie, la vie des grands hommes politiques, chefs d’états et savants. Mais un sujet le passionnait tout particulièrement : le fait français en Amérique. Il se disait fier de nous enseigner que les Canadiens de langue française, venus de Québec et des environs, avaient contribué à coloniser, développer et civiliser tout le reste du Canada, et une grande partie des Etats-Unis. Il faisait des pèlerinages sur place, pour mieux se renseigner, emmenant ses filles, l’une après l’autre, en Acadie, en Louisiane, en Nouvelle-Angleterre, dans l’Ouest Canadien et Américain, partout où la langue française s’était implantée.

Cet attachement à la culture et à la langue française lui avait valu la médaille de la Fidélité Française que j’ai reçue en son nom quelques jours avant sa mort.

Cet amour des livres, il le communiqua à tous ses enfants. Nous, ses fils avocats avons appris de lui, peut-être à un moindre niveau, à rédiger procédures et mémoires dans un style clair et limpide, dans un français très correct.

Mais Onésime Gagnon était très fier de ses filles, à qui il avait tenu à donner la meilleure éducation classique et universitaire : Renée, l’archiviste de la famille, France et Cécile, qui toutes deux ont écrit un grand nombre de livres renommés, Marie, qui a enseigné la lecture aux jeunes enfants. Il serait fier aussi de sa petite fille Louise Gagnon qui enseigne le français immersion aux anglophones de Vancouver. Il insistait sur le bilinguisme qu’il jugeait très important.

Nous tous, ses enfants, avons hérité de plusieurs livres de sa bibliothèque, un héritage précieux, il les avait choisis avec amour et, en les relisant, nous pensons à lui en le remerciant car presque tous sont annotés de sa fine écriture dans les marges.

Même si Onésime Gagnon fut vite accaparé par les débats du prétoire et, plus tard, par la vie politique et tout en élevant 7 enfants dans un milieu rempli d’amour, de compréhension et de culture, il trouvait toujours le temps pour se dévouer pour la communauté de multiples façons.

Étudiant et jeune avocat, il chantait dans les choeurs de l’opéra à l’auditorium de Québec. Il adorait l’opéra. Je me rappelle ses voyages fréquents du Vendredi Saint à New-York pour entendre Parsifal au Métropolitan.

Il fut au Québec le pionnier de l’émancipation de la femme, il multiplia les discours, conférences et écrits pour obtenir le droit de vote pour la femme, sa pleine émancipation et son accès à l’éducation supérieure. Fidèle à ses principes, il n’hésita pas à voter au parlement provincial contre son propre parti, sur le projet de loi accordant le droit de vote aux femmes, comme il l’avait fait à la chambre des communes, en faveur de la monnaie bilingue.

Il préconisa la nomination pour la première fois d’une femme au sénat.

Il travailla activement au sein de nombreux organismes sociaux et culturels, qu’il présida d’ailleurs : la Société des arts, sciences et lettres de Québec, le Club Canadien de Québec, l’Association des clubs canadiens, l’Institut des Affaires Internationales section de Québec, le comité France-Amériques, les amitiés Haïti-Canada. Il fut nommé fellow de la Royal Society of Arts de Londres.

Son attachement à l’église et son dévouement pour ses concitoyens lui valurent d’être sacré Chevalier de l’Ordre de St-Jean de Jérusalem et Chevalier Grand Croix de l’Ordre Souverain et militaire de Malte.

En visitant la bibliothèque du Barreau de Québec, tous les usagers, avocats, juges et étudiants pourront avoir une pensée pour cet homme chaleureux, généreux, affable, modèle de courtoisie, aimant la nature, époux et père consciencieux, gentilhomme jusqu’au bout des doigts, d’une grande culture ; le plus grand compliment qu’on lui a fait dans sa vie politique c’est de dire de lui qu’il n’avait pas d’ennemis.

Dans la dernière étape de sa vie, trop courte mais si bien remplie, il fut honoré du poste de Lieutenant Gouverneur de la province de Québec. Il obtint alors ses armoiries officielles du Royal Collège Of Arms de Londres mais il en choisit lui-même la devise : « Toujours fidèle ». Ce fut le symbole de toute sa vie, fidèle à son pays, fidèle à sa foi, fidèle à sa langue, fidèle à sa famille, fidèle à son passé, ses traditions, fidèle au droit.

Un de ses contemporains lui avait rendu l’hommage suivant :

« Onésime Gagnon est un avocat aux connaissances universelles, un politique averti et indépendant de clans, un homme d’opinions qu’aucun intérêt particulier ne fera fléchir, un homme que rien ne laisse indifférent ».

Le geste éloquent que vous posez à sa mémoire nous émeut profondément et nous tous, les enfants, petits-enfants, arrière-petits-enfants et toute la famille d’Onésime Gagnon vous en sommes très reconnaissants.

        
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