Le Justicier Yama Armé du Danda, le Bâton

Au Cambodge, Angkor: le justicier Yama Armé du Danda, le bâton 

Il est intéressant de remarquer que dans des sociétés complètement différentes de la nôtre, le bâton pouvait aussi être un symbole associé au pouvoir judiciaire.

À titre d’illustration, au Cambodge, dans l’ensemble archéologique d’Angkor qui figure aujourd’hui sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco, se trouve une illustration magistrale d’une scène de jugement. Intitulée Les Cieux et les Enfers, la représentation se déploie en bas-relief sur le temple d’Angkor Vat (XIIe siècle) sur une longueur de 60 mètres. Inscrite dans un ensemble de huit immenses tableaux, dont les sujets sont inspirés de la mythologie hindoue, elle apparaît à la façade sud du monument. Le danda (mot sanskrit qui a pour sens premier le bâton), symbole d’autorité et de pouvoir judiciaire, est un élément significatif essentiel de la scène.

En taille héroïque, figure le dieu Yama. Juge suprême dans la mythologie hindoue, il porte aussi le titre de Dharmaraja, le roi de la Loi, et réside, précisément, dans le quartier sud de l’univers qui est celui de la rectitude.

Dans l’entourage de Yama, le bas-relief est disposé sur trois registres, très ordonnés, qui correspondent aux trois niveaux du monde. Le tribunal de Yama se situe au registre médian, le niveau terrestre. Le dieu, assis en attitude d’aisance royale sur sa monture, est doté de nombreux attributs d’honneur : parasols, éventails, chasse-mouches. Il est représenté avec ses 18 bras; 16 de ses mains portent un danda. Présidant au jugement, il est accompagné de deux assesseurs, dont l’un, aussi en attitude d’aisance royale, est en outre muni d’un bâton. De nombreux serviteurs, fonctionnaires et magistrats l’accompagnent, ces derniers étant aussi dotés de parasols. Dans ce bas-relief, le chemin du haut, au registre supérieur, conduit les individus vers les cieux; celui du bas, au registre inférieur, les conduit vers les enfers.

Le danda, l’arme principale du dieu Yama, qui trouve son application majeure dans le châtiment, a une portée qui est encore plus grande. Bien au-delà du destin des individus, bien au-delà de l’ordre du royaume terrestre où se situe le tribunal, c’est de l’ordre, très instable, des trois mondes qu’il s’agit. Plus largement, le danda est le symbole du maintien ou du retour de l’ordre dans l’univers entier.

Collaboration de
Hélène Legendre De Koninck
Docteur en histoire et civilisations
(E.H.E.S.S., Paris)

        
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